dimanche 7 avril 2013

Divers 2




Balade sur la révolution belge avec Alain Tillière


Groupe d'écriture formé de
Daniel, Marianne, Anne, Antoine, Hugo et Nadège

Première proposition :
Caviardage du Labyrinthe belge de Geert Van Istendael

Deuxième proposition
Discours révolutionnaire en vers turcs
par groupes de 2 : exorde, attaque, proposition

Troisième proposition
En s'inspirant de la construction apparente de l'Ode à la ligne 29 des autobus parisiens de Jacques Roubaud, nous avons écrit des Odes aux balades bruxelloises
alexandrins (ou non) rimés avec décalage du vers vers la gauche à chaque niveau de digression (précision historique, souvenir personnel, commentaire de la narration...)

Dans les Musées Royaux des Beaux Arts, art ancien
Les colonnes s'impos' et non pas pour les chiens
Le grand format triomphe et notre guide expose
Les journées de septembre où chacun prend la pose
Ouvriers, libéraux s'offrent à la patrie
Le drapeau vertical frise l'anachronie
Tant pis, c'est Watters qui a fait cette faute
On ne les traque pas tout' y en aurait bien d'aut'
On tambourina sec plus tard à la demande
De la Reine, musiqu' fanfare sur commande
Les musiciens payaient souvent ainsi leur hôte
Une flûte, un tambour au prix d'une entrecôte
Le flamand économe sut choisir la chorale
La voix n'est pas cher et c'est bon pour le moral
Même si nul hussard ne figure au tableau
Apprenez cependant que les crins des chevaux
Comme les nattes humain' protègent de la lame
On ne voit pas ici les plus de quat'cents âmes
Mortes pour la Belgique mais Léopold roi trône
Il porte à gauche même c'est pas du silicone
Il est de la famill' pas la mienne bien sûr
Celle du grand Gotha
On quitte tous ces murs
La balade s'en va de la Place Royale
La révolution belge est plutôt propapale.

Coraline Soulier

É. Chamontin

Contraintes : façon Ode à la ligne 29

Dans le froid glacial de la place Royale
une statue équestre se dresse impériale
Godefroid de Bouillon quel est ce trublion ?
Preux chevalier couronné roi de Jérusalem.
Aujourd'hui comme hier triste ville blême
bataillée et divisée en trois religions.
Une histoire mouvementée
le cheval au pied levé
nous l'indiquait avec fierté
Les 4 fers posés
auraient au contraire suggéré
une vie reposée.
Mais c'est sous nos pieds que repose
les fondations de l'ancien palais
parti en fumée morose
alors que l'eau était gelée.
Gelé presque autant que nos nez
qui dépassent piteusement entre écharpe et bonnet.
Que vient faire là le soi disant roi de Jérusalem ?
Le guide nous éclaire sur l’excentricité des belges.
Et ce palais d'ailleurs n'était-il pas un harem ?


Nadège Moyart



Une ballerine muette et rebelle nous promène dans Bruxelles
(Il faut avouer que celle-ci osa enfin se dévoiler lorsque son fiancé anglais fut envésuvé…)
Ici la musique est un bruit qui coute cher
Et les trompettes trempent dans les bars
Lorsque se saoule la fanfare.
(Les Flamands, eux, avaient déjà compris comment faire des économies, en préférant le chant et les livres aux instruments ivres)

Osons maintenant parler du Roi Prems
Qui pour ne pas faire de jaloux
Faisait l’amour puis la guerre
Il nous quitta les quatre fers en l’air
(les fers, pas ceux de son cheval, brave animal)
Et le drapeau reste bien tendu aujourd’hui encore
Lorsque le roi ne couche pas dehors.

Mais sur ces têtes couronnées, je ne m’éterniserai
Car la gloire a ses déboires et suinte le pouvoir.
(Et l’on raconte même que dans les parcs, ces héros verdissent
là où les saoulards pissent).
Et non loin d’où repose au chaud le soldat inconnu
Où les campeurs anglais font leur barbecue
Brûle cette flamme, la Patrie pour l’Eternité
Qui ne semble pourtant pas réchauffer
Ces pauvres au cœur d’une Europe brisée.
(Et notons qu’avec la révolution, tourne encore en rond l’exclusion)

Anne Jaucot


É. Chamontin

Ode à la ligne 29 des autobus parisiens de Jacques Roubaud.

Entre parenthèses

Nous partîmes cent, nous arrivâmes sept.
Ni une, ni deux, à peine en route,
par son charme, alléchés, sans doute
alors qu'sur les marches, le guide végète.
Pochet, lui nous entraine,
vers des bas fonds vitriolés.

Jean-Michel comme au bistrot,
Pour la vélorution, y va molo.
Alors notre guide Alain attend
Comme à Jérusalem, Godot-froid, l’argent

On arrive enfin, sous les auspices,
d'la sainte république.
Où Wiertz, la révolte peint.
Le tournoi s’annonce épique.
Alain ferraille, défend son bien,
mais c’est Pochet qu’emporte le point.

Qui aura le dernier mot,
De cette joute oratoire,
entre zwanzeurs patentés.
Tout autant déraisonnables,
qu’une vache privée de veau.

Aussitôt qu’Alain le marque, à la culotte
Pochet, dégaine et puis, ergote.

Coraline, compte les minutes,
s' fiche d' la belge révolution,
de tout ce sang, de toutes ces brutes,
Bart l’attend ce soir, sous les lampions.

C’est l'Bart de Gand, évidemment.
Pas l’anversois
qui cite Rome à tu à toi,
comme le cornichon mitré : j’ai nommé François Ier.

Pas Le lyonnais, non l’argentin,
qui des geôles argentines,
tel une vierge visite-andine,
Jésuite, jusqu’au bout des saints, ne pensa rien.

Mais le soir arrive enfin, aube du grand Pochet,
qui de son antre, on le devine,
tel le phénix nous attendait.

ka dit kenô ke nous n'konûmes ?
Grâce à Pochet, même pas un rhume !
Kar Pochet, ka lu keno, in extenso.
Sous sa kippa, konait l'koko, kom le koto.

Il a sa kaskette, pi son kepi,
lui mank juste que le kiki.
C’est plein d'Rekeuils de poèsie,
ki volent kekfois en eskadrille,

Dans les toilettes,
banal, y a du papier,
oui, mais ! Dédikacé, par not RiKi.

Quand on aime, on n'Kompte pas,
c’est bien konnu, c’est le karma.
Alors, Jean-Michel y kour toujours,
Les ventes publikes, les kollektions,
Dans le Keno, comme le kochon, y a ke du bon.

Son porte-feuilles c’est k'une éponge,
Francis1 k'a tu fais là ?
L’a peur de rien, même des kosakes,
Kalachnikov au poing, flingue les patraques,
Ki de keno, voudrait les z'os.

Dans la kuisine, kand on se kuite,
la kwetch elle est servie,/ avec des kubes « Queneau qui rit ».
Le ksar lui même c’est inkliné,
Devant s'ke nomme la fakulté :
« un kas Keno-tiforme », tout à fait désespéré.

Pendant que rêve Coraline,
dans les bras d'son Bart, son ange-gardien,
nous on continue, on bosse, on rime,
sur ses fichus... Alexandrins.

On me l’avait dit, maintenant j’l’affirme,
k' à l’oulipo, c' toujours les mêmes, qui turbinent.
Quand les belges s'tapent le turbin.

Ah, ces français de bonne miNe,
qui mangent notre pain.
Lutinent nos filles, leur susurant du balzacien,
et comme les satyres du musée ancien,
qui n'jamais ne se débinent,
pendant qu'harassés nous on trime,
Eux, ils s'font du bien.

et nous rappele Coraline : n’oubliez pas l’alexandrin !

Mais moi j’vous l'dis,
j’préfère Sandrine,
quand sur mon corps zéphirin,
elle fait d'la prose, de la poitrine.
Petit secret : sur le sein gauche,
elle a kek' chose d'gymnopédien.

Comme Olivier le démontra, avec Martin
à la muse Charlier, Samedi dernier
L’humaine connerie, est infinie.
Hélas pour l’alexandrin, à douze c’est la fin.

D'compter mes doigts, j’ai mal aux pieds
Déjà 7 heures, Coraline pense surement « petit café »
Tandis qu'moi toujours j’m’échine,
à ses petits pas de côté.
J’me dis k'écrire, c’est l'bagne en Chine.

Et puis Roubaud ! T’es qu’un Salaud.
Ode à la vingt-neuvième ligne,
ça semblait facile et beau.
Mais, c’était que du pipeau.

J’pensais : qu'mettre des parenthèses.,
Ce serait comme un soir, à l’opéra,
poser mon cul. Et puis voilà.

Il est huit heures, j’ai pas dormi,
Ah Coraline, t’es pas maline
d'nous avoir laissé tomber.

L’alexandrin, ça n’est pas rien,
on s’épuise sans rimes, ni raisons,
alors que d’autres bandonéons
tombent les filles, ou les garçons.

Et je te parle pas des vers turcs,
Y en a plein dans mon quartier,
Mais c'monde, c’est pas mon truc,
J’comprends rien, z'aux labiales flutées

Queneau secours, reviens nous vite,
Sans me vanter,
c’est Mozart qu’on assassine,
à chaque vers, encore une fois.
j’l’égorge, j’l' tue, le broie

En alexandrins, ô, Coraline,
pour mes derniers neurones, qui s’expriment,
me d'mander ça ! mais c’est un crime.
Tu veux vraiment m'tuer deux fois ?

Quand Léopold se présenta,
le peuple n’en voulait pas
Pas d'roi, pas d'chocolat, leur dit alors Victoria
Les Belges, sacrés couillons,
ont accepté Léo, même pas Campion.


Daniel Apelbaum


Sonnet rebelle: vitrine de boutique

En 4 temps, au rythme du tambour d’une fanfare en marche

La sophistication, la scarification,

Sera la destinée d’une femme rebelle

Attisant nomade, les désirs ardents tel

Un ange, une sorcière, en mal de perfection



La vraie dénonciation de vaines religions

Sera la destinée de la tribu des belles

Sauvages, sauvages, maniant la crécelle

De celles qui vantent le charme de l’action

En 3 temps,au rythme de la valse

Oh sages et profondes forces de la terre

Titillez, houspillez, encouragez nos mères

Qui tremblent tout le jour pour l’homme d’une nuit



Car fortes ou faibles, elles soufflent le printemps

Et sèment le trouble dans l’esprit des amants

Qui se quittent vite pour éviter l’ennui. (bis !)


Michelle Poznantek
____________

1 Note de l’Éditeur : il semblerait que l’auteur ait ici sous l’effet d’une fatigue passagère, voir un moment de distraction, confondu, « Francis et Raymond ».

Questions


Liste de questions
Est-ce qu’il fait froid à Bruxelles aujourd'hui?
Y a-t-il eu une révolution en Belgique?
D'où leur viennent tous ces rois?
Qu'est-ce qui met en valeur les vitraux?
Est-ce que le comte Belliard connaissait les embouteillages?
Te souviens-tu des symboles maçonniques que l'on peut caser dans le plan du parc?
Est-ce que la Clémence de Titus est un opéra maçonnique?
À la fontaine du parc au XIXe siècle, y a-t-il eu beaucoup d'enfants qui ont attrapé la tuberculose en buvant dans la même tasse ?
À qui appartient la 2CV rouge exposée au musée de la BD?
Bon Dieu, mais comment as-tu fait pour te casser la figure?
Te souviens-tu des couleurs dédiées au coin flamand?
Rappelle-moi : c'est bien Napoléon qui a perdu à Waterloo?
Est-ce que l'ancien soldat aveugle de guerre qui a choisi le soldat inconnu aimait les violettes?
Tu n'aurais pas eu envie, toi, de leur balancer le bouquet de violettes dans la gueule si tu avais été mutilé de guerre?
Qui a fait ce putain de trou dans la plus grande pierre d'un seul bloc en face de l'Assemblée?
Quand est-ce qu’on mange?
Que montre l'index de la statue symbolisant la liberté de culte?

Françoise Guichard

É. Chamontin

Phrases interrogatives
La statue de Léopold se trouve dans le musée de quoi déjà ?
La Belgique est un tampon entre quoi et quoi déjà ?
Une statue de cheval qui n’a qu’un pied par terre, ça signifie quoi déjà ?
À part le fil à plomb, la truelle et l’équerre, les symboles francs-maçons c’est quoi déjà ?
Dans les cartouches du kiosque à musique du parc, il y a Bizet et quoi déjà ?
La liberté de la presse, la liberté d’association, la liberté d’enseignement et la liberté de quoi déjà ?
Le Leo Belgicus de Charles Quint, c’est la carte de quoi déjà ?
La statue de Gaston Lagaffe, elle indique quoi déjà ?

Élisabeth Chamontin

É. Chamontin

Phrases interrogatives en alexandrins
D’après vous notre guide était-il franc-maçon ?
Avez-vous remarqué la mouche dans sa barbe ?
Et son crypto-copain, gardien de catacombes,
De quel côté pendait le gland de son chapeau ?
Dans la crypte, des morts, il yen avait combien ?
Et quel était le nom du seul soldat français ?
Connaissez-vous la formule du vitriol ?
D’après vous notre guide était-il franc-maçon ?

Élisabeth Chamontin


Que faisaient ce matin « Les élites dans la ville » ?
Ont-elles admiré les « 400 façades étonnantes » ?
Dans « Ces lieux qui nous habitent », peut-être faudrait-il retrouver le « Bruxelles disparu », non ?
Ce « Bruxelles insolite et secret », ces monuments qui racontent Bruxelles » n’est-ce pas « De l’autre côté de l’ombre » qu’on les comprend le mieux ?
Es-tu passé par le « Quartier Royal », par le « Parc de Bruxelles », pour finir à la « Place des Martyrs » ?
Et as-tu observé les « Gratte-pieds de Bruxelles », les « Plaques d’égout », les « Soupiraux de Bruxelles » qui étonnent tant « Le promeneur immobile » ?
Et « Si tu passes la rivière », tu ne crains pas de te retrouver rive droite de la Senne ?
Mahhh… non ! L’Escaut ! Tu ne vois pas la plaque ? J’y lis L’Escaut

Wana (texte composé avec des titres de livres relevés à la librairie des Quartiers latins).

Quand une statue équestre représente un cheval qui lève une de ses pattes avant, cela veut dire que son propriétaire a eu une vie mouvementée, mais quand il s'agit d'un chien qui lève une de ses pattes arrière, qu'est-ce que cela signifie ?

Pourquoi le nom complet du premier roi des Belges comportait-il 54 lettres et le mien
seulement 25 ?

En 1830, pourquoi les Belges étaient-ils catholiques et les Hollandais protestants, alors que ce sont les Belges qui protestaient ?

Henry Landroit


LA RÉVOLUTION EN QUESTION(S)

Léopold Un fut-il de Saxe ou de Gotha ?
Le Belge a-t-il bien fait de choisir ce roi-là ?

Soldat de Waterloo, quel est ton avenir ?
Quoi de plus beau pour un soldat que de mourir ?

Combien Léopold Deux a-t-il tué de nègres ?
Au Congo, devint-il le vrai roi de la pègre ?

N’aimait-il pas un peu trop les petites filles ?
Fit-il sur ses genoux sauter les plus gentilles ?

Pourquoi le Belge, au lieu de célébrer Bacchus,
Lui préfère-t-il donc la bière et Gambrinus ?

Devant Jérusalem, Godefroy de Bouillon
ne fut-il pas par son frère pris pour un couillon ?

Quelle couleur pour la chemise d’Isabelle ?
Du cheval d’Henri Quatre est-elle la jumelle ?

Un cheval, lorsqu’il a en l’air les quatre pieds,
À moins d’être Pégaz', peut-il ne pas chuter ?

Cette révolution est-elle catholique ?
Entre évêque et maçon, que choisit la Belgique ?

Des quatre libertés, la liberté du culte
N’a-t-elle pas gardé tout son pouvoir occulte ?

Irène Rusniewski

Promenade



Écrire un poème de promenade, captation dans la peau d'un personnage qu'on a choisi. En vers libres. Sans contrainte de temps. Litanie commençant par le nom du personnage. Son regard à lui. La répétition installe son hyper présence. 

François d’Assise observe que le restaurant argentin de la rue du Marteau doit marcher du feu de dieu
François d’Assise se demande où sont les oiseaux
François d’Assise voit sur la glace patiner ses sœurs les mouettes
François d’Assise a le cœur qui se fend devant un pentagone à six côtés
François d’Assise y voit son cœur
François d’Assise prétend que le pentagone en forme de tête de chien est aussi en celle d’un cœur de chien
François d’Assise voudrait qu’il n’y ait pas qu’un grattoir, mais aussi un heurtoir au pied des bâtiments de Horta ou autres
François d’Assise est favorable au mariage des satyres et des mamans folles
François d’Assise est, sur toutes les peintures de Saint-Cyr, le peintre sans peintures
François d’Assise se sent désagréablement éclaboussé par l’Inquisition
François d’Assise ébranle l’assise du Mannekenpis
François d’Assise ne perd pas une ligne des journaux du prince de Ligne
François d’Assise nourrit les perruches d’Arthur Conan Doyle
François d’Assise entre pieds nus dans l’antre de la connaissance
François d’Assise caresse le chien-loup
François d’Assise marie Raymond-la-Science et François-la-Colère
François d’Assise caresse du pied le rouge, le noir, la liberté
François d’Assise plaque la main sur sa bouche, il a crié : « Vive l’anarcho-communisme ! »

Jacques Jouet

É. Chamontin

La promenade du pape François
Le pape François s’est perdu dans la ville
Le pape François aime les pauvres et les vils
Le pape François pérégrine, attendri.
Le pape François aux canards compatit
Le pape François salue le képi
Le pape François, la couleur surgit
Le pape François, et voici les bandits
Le pape François, les bombes et les cris !
Le pape François, effaré, se signe
Le pape François effrayé s’enfuit.
Ariane Ramaekers

Bonnie bonne mie, dans Bruxelles Babel si belle
Bonnie bonne mie, je talonne ton rêve rebelle
Bonnie bonne mie, les bourgeois aux banques se collent
Bonnie bonne mie, la propriété reste le vol

Bonnie bonne mie, qu’est devenue l’anarchie ?
Bonnie Parker c’est clair, elle change de caractère
Bonnie ton affaire, échappe à l’oubli ou presque
Bonnie bonne mie, au magasin pittoresque

Bonnie le décrottoir à ton pied est un mouchoir
Bonnie le trottoir pour ton rêve est un mouroir
Bonnie t’es morte pour rien, Victor Serge tout aussi bien
Bonnie quelle triste fin, Izozoël serait saint

Bonnie bonne mie, dans Bruxelles Babel rebelle
Bonnie bonne mie, je rêve à ton rêve ma belle

Rina Horowitz


Le magasin pittoresque

Jeanne bouillonne à l’appel de ses voix
Jeanne s’en va libérer la ville en forme de cœur devenue gueule de chien
Jeanne cherche tous ceux qui font l’amour sacré de la patrie
Jeanne rassemble ses troupes pour remballer l’inquisiteur
Jeanne danse au bord du Vésuve
Jeanne électron libre fait brûler la neige sur les étangs gelés
Jeanne s’en fout des échafaudages et de tous les échafauds qui guettent la bande à Bonnot
Jeanne appelle le satyre le vieil homme au balcon et ses fleurs en plastique
Jeanne ouvre les portes des prisons, libère Izozoël , les marins de Kronstadt et les voleurs de pisseurs enfermés à perpèt
Jeanne racole l’ermite de la chaussée d’Antin, le menuisier des pompes funèbres,
Jeanne emporte la fille aux castagnettes qui dormait dans la villa Germaine
Jeanne casse les volets fermés des maisons à louer et remballe les chiens des bourgeois proprio
Jeanne cueille les feuilles d’un palmier et bande son arc
Jeanne saute sur un cheval en croquant les bourgeons de Bruxelles rebelle

Marianne Prévost

É. Chamontin

Wednesday 13 évite le givre, bien que l'étant. 
Wednesday 13 marche sur des pavés irréguliers enserrés par du moisi.
Wednesday 13 arrive sur un parc ovale où une nymphe virginale le nargue.
Wednesday 13 est aussi désolé que les branches tordues des arbres, malgré les bourgeons.
Wednesday 13 ricane devant la statue moussue d'un couple agenouillé tenant leur enfant mort de la grippe espagnole.
Wednesday 13 se sent attiré comme le garou par les grottes noirs bordant l'étang gelé.
Wednesday 13 voit une tâche sur l'asphalte en forme de chauve sourit, ce qu'il n'est pas.
Wednesday 13 a un cœur de bétonnière. 
Wednesday 13 aimerait être le satyre en bronze lutiné par la sœur de la nymphe précédente.
Wednesday 13 flanquerait une bonne rouste à l'enfant qui veut empêcher ces batifolages.
Wednesday 13 tague en route et en rouge ta verge gratte.
Wednesday 13 a les jambes véloces. 
Wednesday 13 est la soif du canasson que l'homme voudrait désaltérer à l'étang asséché. 
Wednesday 13 pose fier altier devant la cascade gelée. 
Wednesday 13 est un anarchiste à paillettes.
Wednesday 13 trace des pentacles renversés contrairement à la forme de Bruxelles. 
Wednesday 13 bave un peu. 
Wednesday 13 allonge l'allure qu'il a sinistre.
Wednesday 13 déguste de gracieuses moules au restaurant.
Wednesday 13 dit comme Horta y a du métal, je mets du métal. 
Wednesday 13, n'étant pas patient, accélère.
Wednesday 13 dénonce le goulag comme Victor Serge mais trop tard.
Wednesday 13 trouve que c'est la crasse, la bourgeoise. 
Wednesday 13 a l'âme intensément crapuleuse. 
Wednesday 13 apprécie qu'on assèche un étang pour en faire une place sous laquelle on construit un autre écran. 
Wednesday 13 s'inquiète de la longue portée de béton sans voûte, comment tient-elle ?
Wednesday 13 est rétif à la connerie, bien que l'étant. 
Wednesday 13 avance à grandes enjambées. 
Wednesday 13 étant ce qu'il est te mangera un jour...
Wednesday 13 joue dans un band de louf.
Wednesday 13 regarde les bus passer, Waterloo.
Wednesday 13, n'ayant pas le sens du ridicule, aboie comme un berger allemand rétif.
Wednesday 13 installe un décrottoir à sa porte 7 rue de l'inquisition. 
Wednesday 13 te guette en haut de l'escalier avant de t'arracher la gorge.
Wednesday 13 a fait du trafic de bons du trésor rue d'Oberkampf et ça tourne vinaigre balsamique.
Wednesday 13 isolé et désolé surtout du pied droit, - et ça, c'est normal.
Wednesday 13 se gèle le cul sur la chaise de Bonnot.
Wednesday 13 respire une abondante odeur nauséabonde si tu vois ce que je voudrais dire.
Wednesday 13 a les gros orteils congelés, bien qu’il ne le soit pas. 
Wednesday 13 s'autoprogramme pour bientôt tout donner, il voudrait pas finir tel un satyre frigide.
Wednesday 13 devient brume bien que ne l'étant pas.
Camille Philibert


Édith Piaf chante les flocons.
Édith Piaf pense à Marcel et à la danseuse aux castagnettes.
Édith Piaf ramasserait quelques sous dessous l’oriel dodu de la riche maison.
Édith Piaf pleure à l’accordéon la mort de Raymond la Science.
Édith Piaf a froid, si froid.
Édith Piaf a le nez gelé, les pieds gelés, le bout des seins gelés.
Édith Piaf a froid, si froid.
Édith Piaf rêve, s’évade, n’est plus là, n’est plus ici.
Édith Piaf fume sur le trottoir, en chantant François Béranger pour les badauds qui lui lancent une piécette.
Édith Piaf a faim. Froid.
Édith Piaf connaît ça par cœur.
Édith Piaf chante. Pleure. Et fume.
Mar Bikx

Jai choisi le personnage de fiction Mma Ramotswe des romans d’Alexander McCall Smith qui se déroulent au Botswana.
Mma Ramotswe découvre Bruxelles
Mma Ramotswe, elle vient du Botswana
Mma Ramotswe n’avait jamais vu l’Europe, n’avait jamais connu la neige
Mma Ramotswe marche dans le froid qui l’assaille
Mma Ramotswe, dans les rues de Saint-Josse-ten-Noode, est très loin de Gabarone
Mma Ramotswe se demande comment elle pourrait mener ses enquêtes dans ces maisons hautes, étroites et collées les unes aux autres
Mma Ramotswe les trouve belles ces maisons, mais froides
Mma Ramotswe croit reconnaître les pique-bœufs sur la glace de l’étang gelé
Mma Ramotswe admire la statue du cheval qui boit l’eau
Mma Ramotswe se demande où sont les autres animaux, les vrais
Mma Ramotswe est un peu choquée par cette statue d’humain aux pieds de chèvre
Mma Ramotswe pense que ce n’est pas correct de montrer ça aux enfants
Mma Ramotswe se dépêche d’avancer pour échapper au vent piquant
Mma Ramotswe est contente d’arriver à la maison qui l’accueille, 7 rue de l’Inquisition
Mma Ramotswe a toujours aimé les magasins pittoresques mais préfère ceux qui vendent des chaussures confortables parce que ses pieds la font souffrir
Mma Ramotswe, qui est corpulence « traditionnelle », se faufile avec difficulté dans le labyrinthe de Jean-Pierre
Mma Ramotswe se demande pourquoi conserver tant de papier mais se délecte de tous les indices qu’elle y découvre
Mma Ramotswe aime apprendre ces choses un peu curieuses sur ce pays bien plus petit que le Botswana
Mma Ramotswe se demande qui est cette Monique Philar dont on parle
Mma Ramotswe s’étonne qu’on puisse choisir son roi mais admet que les coutumes d’autres tribus soient différentes de celles qu’elle connaît
Mma Ramotswe trouve Jean-Pierre sympathique et aimerait l’accompagner au marché dont il parle car elle aime aller au marché
Mma Ramotswe, ça lui manque le ciel clair et immense du Botswana, sous la cloche pesante des nuages de Belgique
Suzanne Fuks



Personnage élu

Raymond Queneau je marche et ne cours pas les rues
Queneau tu as ravivé l’Amphionie qui comme chacun sait est ton parcours, Amphion à travers la ville
Raymond, une antiopée 25 siècles plus tard
RQ le Prince de Ligne est sur la bande postale
Q Le Vrai Libéral
Queneau Raymond le courrier des lecteurs court les rues
R les gazettes sont dans des meubles de dentiste
QR le fantôme de l’Opéra avait un crâne
Oh Raymond ! l’Église syriaque honore Saint Izozoël !
Oh Queneau , Hubert Krains, chantre de la Hesbaye a vécu ici
Oh Raymond Queneau le mot Hesbaye se trouve-t-il dans l’Encyclopédie de la Pléiade (49 volumes)
Oh Queneau Raymond nous croisons la rue Louis Scutenairestraat, qui donne (quoi ?) dans la rue Marcel Mariënstraat
Oh R qui vous dédicaça Quand l’acier fut rompu, avec un plagiat filial de votre style
Ah Queneau un cadeau rimé Un cheval vaut
Des chevaux valent
À Q saviez-vous que la Bande à Bonnot était végétarienne ?
A Q : c’est quoi le 6 avril ? c’est le premier Pâques sur l’Ile de Pâques
Raymond Queneau : dans mon agenda « relire Courir les rues » 

Jean-Michel Pochet



Le magasin pittoresque

Poème promenade


Renard le goupil, s’est faufilé dans un groupe d’humains partis élucider les mystères du passé, ce jour-là.

Renard le goupil a repéré la banque chinoise du coin de la rue. Chouette s’est-il dit, un beau coup à tenter.

Renard le goupil a, plus loin, batifolé dans la neige. Il a marqué de ses pattes le chemin d’art nouveau : un bow window par-ci, un puits de lumière par là, un bout de fer par-ci, un coup de fouet par-là.

Renard le goupil, fasciné par le cheval de Meunier, a soupiré d’aise, devant le mouvement du piédestal-abreuvoir et du cavalier perché sur sa noble bête.

Renard le goupil a poursuivi, pressé d’atteindre l’antre de l’archiviste de la rue de l’Inquisition. En passant, il a croqué quelques bébés dodus eurocrates de la crèche de la rue Palmerston.

Renard le goupil est arrivé le premier, rue de l’inquisition. Un chien-loup lui a fait peur,” il est gentil, il ne mord pas”, lui a-t-on dit. Il est entré. Hélas ! Point d’odeur enivrante d’encres ou de vieux papiers.

Renard le goupil, enfin assis, a tenté de comprendre l’histoire des humains de XIXe siècle, la ligne des princes, les fanfares anarchistes, les faits-divers oranges, les bandes et les contrebandes, les disques en cire à une ou deux faces.

Renard toujours goupil est devenu un temps, membre de la bande à Bono, mais bien vite,

Renard le goupil, a choisi de rester neutre. Il avait à faire en sortant - la banque - et ne tenait pas à se retrouver prisonnier de l’histoire.


Michelle Poznantek



É. Chamontin

Poème de promenade
Blanche-Neige s’est promenée tandis que son homonyme multiplié tombait sur sa chevelure noire de jais.
Blanche-Neige tenait troussée sa jupe jaune pour ne pas la tacher.
Blanche-Neige fut choquée de voir une femme nue trôner au bord d’un lac gelé.
Blanche-Neige est heureuse.
Blanche-Neige marche.
Blanche-Neige pense mais.
Blanche-Neige est interpellée par un talus tout encrassé de déchets ménagers.
Blanche-Neige dit Prof.
Blanche-Neige dit Joyeux.
Blanche-Neige dit Simplet.
Blanche-Neige dit Et les autres, venez !
Blanche-Neige emprunte un chemin glissant non sans retenue mais mue par sa célèbre volonté de nettoyer.
Blanche-Neige glisse.
Blanche-Neige, quel malheur !
Blanche-Neige, tes nains ne sont pas là pour t’aider.
Blanche-Neige, tu es si sale.
Blanche-Neige, tu es si laide quand tu pleures.
Blanche-Neige, redresse-toi, un cavalier aux bras inégaux te regarde de haut.
Blanche-Neige, est-ce lui ?
Blanche-Neige, dis-nous. Que te dicte ton ventre ?
Blanche-Neige, est-ce lui ?
Blanche-Neige, tu t’empourpres !
Blanche-Neige, tu joues des castagnettes et ton prince, de sa main gauche, repousse Prof, enfin arrivé.
Blanche-Neige, tu dessines un pénis sur la porte d’une maison ?
Blanche-Neige écrit Pute sur un appui de fenêtre !
Blanche-Neige, que t’a-t-il fait cet homme ?
Blanche-Neige, tu dis ? Il a volé Manneken-Pis ?
Blanche-Neige, combien lui a proposé le collectionneur pour cette pièce unique ?
Blanche-Neige dit il a dit J’achète. 
 
Laurence Magnée